INSTINCT

INSTINCT est un projet de recherche-création et une œuvre performative née d’un processus de recherche collaboratif entre Sara Biglieri et Marie Pierre Genovese.

INSTINCT est un projet de recherche-création et une œuvre performative née d’un processus de recherche collaboratif entre Sara Biglieri et Marie Pierre Genovese.
Le point de départ du projet est l’histoire orale de la danseuse et performeuse Marie Pierre Genovese, recueillie par Sara Biglieri et traduite en une série de tableaux conçus comme un passage, un parcours initiatique.

L’histoire orale est ici abordée non comme un récit figé, mais comme une approche méthodologique — un espace de rencontre et de résonance capable de nourrir une recherche partagée et profonde sur l’expérience vécue. En ce sens, elle entre en dialogue avec des perspectives qui envisagent la pratique incarnée comme une forme de transmission historique (Taylor, 2003 ; Foster, 1995). Le projet explore ainsi la possibilité de créer à partir de la mémoire incarnée, en interrogeant la relation entre corps, histoire et subjectivité.
Cette recherche soulève de nombreuses questions : comment une écriture chorégraphique peut-elle émerger de l’histoire orale ? 

Comment nourrir la dialectique entre corps et histoire ? 

Le corps est-il une construction socio-politique, ou plutôt un « soma » qui résiste ? 

Apprendre à danser signifie-t-il incorporer une culture et ses normes implicites — de posture, de pouvoir et de savoir ? 

Est-ce, d’une certaine manière, une façon d’apprivoiser un instinct ? 

Et comment les approches somatiques peuvent-elles nous aider à interroger ce qui est inscrit dans le corps afin d’ouvrir de nouveaux états physiques ?

La performance se déploie en six tableaux, chacun correspondant à un axe de recherche et à une qualité kinesthésique spécifique. Le travail mobilise différents outils de composition : l’écriture créative (alternant texte et exploration corporelle), le marquage physique (le toucher comme vecteur de perception), le sensory reporting (dialogue autour de l’expérience vécue) et les entretiens d’explicitation (Vermersch, 1994), permettant d’accéder à une conscience affinée de l’expérience incarnée.

Ces méthodes contribuent à créer un espace de partage d’expériences intimes et à développer une forme d’auto-réflexivité. Le processus créatif s’ancre ainsi dans une dynamique intersubjective, où la prise de conscience de l’expérience vécue devient le point de départ d’une possible élaboration collective.
INSTINCT propose un espace de transformation qui pourrait être décrit, dans une perspective foucaldienne, comme une « hétérotopie » : un lieu à la fois ouvert et fermé, un espace de passage, de coexistence et de transformation.

En ce sens, INSTINCT peut être compris comme une « œuvre ouverte » (Umberto Eco), un champ de possibilités plutôt qu’une forme fixe. Sa composition prend la forme de partitions qui, à travers l’improvisation, permettent l’émergence de formes en devenir — ouvertes, instables et en transformation constante.
Ce travail a été présenté lors de la conférence internationale Producing Memory in Dance: Oral History and Mnemotechnics, tenue à Nice du 8 au 20 novembre 2021.